Histoire

DORMIR , REVER… :

J’accorde tant de valeur au travail, il me donne tant de plaisir, et j’ai si fortement conscience du caractère inexorable du temps qui s’écoule que j’en viendrais à me sentir angoissée d’aimer autant dormir et rêver. Heureusement, j’ai compris qu’il ne s’agit absolument pas d’inactivité, et qu’il est tout à fait capital pour la qualité de mes jours d’accepter la qualité de mes nuits. Depuis, j’accorde plus d’importance au grain de mes draps, à la plume de ma couette, au spectacle de mon lit, qu’il soit bien rangé ou aimablement défait… et ce contexte raffiné m’aide à plonger dans l’univers du sommeil profond pendant lequel j’imaginais autrefois si fort  » perdre mon temps « , et dans celui des rêves dont j’aime à m’inspirer de ces bribes étranges qui veulent bien remonter à la surface de ma conscience. Je sais maintenant que  » dormir sur un problème  » pour mieux le résoudre n’est pas un vain mot, je sais que l’idée qui ne vient pas aujourd’hui viendra à qui sait patienter jusque demain… comme si c’était le sommeil qui se mettait à l’œuvre pendant notre absence. J’ai donc un peu inconsciemment accordé une grande place aux lits… et je compte bien m’y attarder encore !

Je dédie ce texte à la chambre dans laquelle je l’ai écrit, en Inde, dans une ancienne et noble maison. Elle est tout entière tapissée de petits miroirs un peu convexes qui lui font comme une lumineuse peau d’écailles. Y pénétrer, c’est déjà curieusement pénétrer dans le monde du rêve. Comme un rêve, elle raconte mille choses et change constamment de sujet. La cime des arbres se balance doucement devant les fenêtres et ces arbres tout bruissants d’oiseaux ressemblent à ceux des miniatures indiennes que j’avais toujours pensées imaginaires. Cette chambre est sans doute présente en filigrane dans toutes celles que j’invente, car décidément, rien ne devrait être trop beau pour accueillir nos moments de vraie solitude : là où on dort, et là où on rêve…